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Samy Benoudiz: Notes sur la désindustrialisation en France et ses projets de réindustrialisation.

  • Samy BENOUDIZ
  • 25 févr.
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 26 févr.


La France industrielle entre fermeture d’usines et nouveaux projets créateurs d’emplois. (Image créée par IA)
La France industrielle entre fermeture d’usines et nouveaux projets créateurs d’emplois. (Image créée par IA)

1.     Les constats


A. Difficulté des définitions : Industrie vs Services

L’une des difficultés majeures dans l’analyse de la désindustrialisation en France réside dans la distinction entre industrie et services. Selon l’INSEE, la frontière entre ces deux secteurs n'est pas toujours clairement définie. De plus, la montée en puissance des services industriels (services d’ingénierie, maintenance industrielle) contribue à une confusion des statistiques, rendant l’évaluation de la véritable taille du secteur industriel plus complexe.


B. La baisse de la part du PIB industriel en Europe

Depuis 30 ans, la part du PIB industriel des grands pays européens est en chute libre :

  • La France : En 1990, l’industrie représentait 24,5 % du PIB, contre 6,7 % en 2021 selon un rapport de la Banque Mondiale.

  • L’Allemagne et la Belgique connaissent également une tendance similaire, bien qu'à des rythmes différents.


C. Les principaux facteurs de cette désindustrialisation :


                    I. La délocalisation d'activités : Les entreprises recherchent des coûts de production plus faibles, notamment en Asie et en Europe de l'Est.


                  II. Les gains de productivité : L'automatisation a permis de réduire la part du travail humain, remplaçant ainsi une partie de la production industrielle par de la technologie.


            III. L’externalisation des services : Certaines fonctions traditionnellement industrielles sont désormais classées comme des services (par exemple, la logistique ou la maintenance), faussant encore davantage la perception de l’industrie.


A ces facteurs souvent cités on pourrait ajouter les suivants :


           IV. Automatisation et Digitalisation : L'automatisation croissante, la robotisation et la digitalisation des processus de fabrication ont contribué à une réduction de la main-d'œuvre industrielle. Les progrès technologiques ont permis aux entreprises de réduire leurs coûts de production en utilisant des machines et des logiciels avancés.


             V.  Compétitivité Internationale : La France, ainsi que d'autres pays européens, doit faire face à une concurrence accrue de pays à faible coût de production comme la Chine, l'Inde et certaines nations d'Asie du Sud-Est. Cela a entraîné une relocalisation des activités industrielles vers ces régions.


                VI. Politiques Environnementales : L'Union européenne a mis en place des régulations environnementales strictes qui augmentent les coûts de production pour les industries locales. Bien que ces régulations aient des avantages environnementaux, elles peuvent aussi réduire la compétitivité industrielle en Europe.


              VII. L’évolution des Demandes de Consommation : La demande des consommateurs a évolué vers des produits plus sophistiqués et technologiques, mais à faible coût souvent fabriqués en dehors de l'Europe. Ceci inclut les produits électroniques, les véhicules électriques, et d'autres biens de consommation avancés.


            VIII. Vieillissement des Infrastructures : De nombreuses infrastructures industrielles en Europe sont obsolètes. Les coûts élevés de rénovation ou de remplacement de ces infrastructures peuvent dissuader les investissements industriels.


D. Le coût énergétique élevé


  • Gaz : Le coût du gaz en Europe est environ 3 à 5 fois plus élevé qu’aux États-Unis (suivant les périodes), un facteur aggravé par la guerre en Ukraine mais également par l’exploitation du gaz de schiste en Amérique du Nord.


  • Électricité : L’électricité en France est environ 10 fois plus chère qu'aux États-Unis, un désavantage compétitif majeur pour les entreprises industrielles.


E. Le coût de la main d’œuvre en France


La France présente un coût de la main-d'œuvre élevé, notamment à cause des prélèvements obligatoires. Ces coûts peuvent constituer un frein à la compétitivité, surtout face à des pays où les charges sociales sont moins lourdes.

 

2.     Les facteurs pris en compte par les investisseurs dans leur choix d’un emplacement industriel.


Les investisseurs cherchent à minimiser les coûts et maximiser l'efficacité. Plusieurs facteurs influencent leur décision :

  1. Proximité des matières premières et des coûts associés : Les coûts de transport et la disponibilité des ressources naturelles sont cruciaux.

  2. Coût et disponibilité du foncier : Les terrains industriels doivent être abondants et peu coûteux, avec une fiscalité avantageuse.

  3. Main d’œuvre qualifiée : L’accessibilité à une main d’œuvre qualifiée mais à des coûts compétitifs est essentielle.

  4. Coût de l’énergie : Les prix de l’électricité et du gaz sont des critères décisifs, d’autant plus dans un secteur à forte consommation énergétique.

  5. Accès au marché local : Les entreprises cherchent également à s’implanter dans des zones proches de leurs marchés pour minimiser les coûts logistiques.

  6. Aides publiques : Les incitations fiscales et les subventions peuvent jouer un rôle clé, mais elles doivent être optimisées pour encourager les investissements.

 

 

3.     Réindustrialiser la France : Perspectives et défis.


A. La volonté politique et la formation.

Le processus de réindustrialisation nécessite une volonté politique forte, comme le montre des initiatives telles que "Terres d’Industrie" et "France 2030". Cependant, cette politique doit être accompagnée d’une approche pragmatique, axée sur des secteurs porteurs.


Elle pourrait être rendue visible du grand public par un investissement dans l'éducation et la formation technique pour développer une main-d'œuvre qualifiée. Cela pourrait inclure la collaboration avec des établissements d'enseignement technique et des programmes de formation professionnelle.


B. Des investissements massifs.

Il est crucial de mobiliser de manière plus pragmatique des investissements massifs pour soutenir la réindustrialisation, notamment dans des secteurs comme :

  • Les SMR (Réacteurs Modulaires Petits) nucléaires : Une alternative pour produire de l’énergie de manière décentralisée et moins polluante.

  • L’ordinateur quantique : Un domaine où la France peut se positionner parmi les leaders mondiaux.

  • L’industrialisation de l’habitat : La construction de logements en série et modulaires peut dynamiser le secteur (impression 3D industrielle).

  • Les véhicules autonomes : Le développement de cette technologie pourrait permettre de désenclaver certaines zones urbaines et stimuler la production industrielle.

  • La rénovation des infrastructures publiques, et notamment améliorer les infrastructures de transport et logistique pour faciliter l'acheminement rapide et économique des matières premières et produits finis. La modernisation des ports, des chemins de fer et des réseaux routiers est essentielle.


C. la simplification administrative


La simplification des procédures administratives est essentielle pour rendre le processus de réindustrialisation plus fluide. Les démarches bureaucratiques et l’inefficacité administrative constituent souvent un obstacle pour les investisseurs.


D. Les Partenariats Public-Privé: Encourager des partenariats public-privé pour financer des projets industriels novateurs et les infrastructures nécessaires . Ces partenariats peuvent contribuer à partager les risques et les coûts associés à la création de nouvelles infrastructures industrielles.


E. Le maintien des aides publiques


Le Crédit d'Impôt Recherche (CIR), qui soutient l'innovation dans les grandes entreprises, doit être réformé pour bénéficier à un plus grand nombre de PME et de start-ups industrielles, afin de ne pas seulement profiter aux grandes entreprises, mais aussi encourager la production locale. Eviter de payer du CIR pour favoriser la production hors de France.

La création de pôles de compétitivité et de centres d'innovation en collaboration avec les industries est cruciale pour stimuler la réindustrialisation. Cela a déjà été fait dans le passé il faut l’amplifier.


E. La décarbonation comme levier industriel et les limites à l’approvisionnement énergétique local


La décarbonation représente un facteur clé pour la réindustrialisation. Les entreprises existantes doivent être soutenues dans la transition vers des procédés industriels plus verts, ce qui peut également ouvrir de nouvelles opportunités de marché.

L’un des grands défis à surmonter reste l’approvisionnement local en électricité. La France se heurte à des limites financières dans l’extension de son réseau de transport d’énergie (RTE), notamment dans des zones comme Fos-sur-Mer, Dunkerque ou la région parisienne pour les datacenters. Ces obstacles doivent être levés pour garantir une alimentation fiable et à faible coût en électricité pour les industries.

 

4.       Conclusions


La réindustrialisation de la France est un objectif ambitieux mais réalisable. Pour y parvenir, il est essentiel de mettre en place une politique industrielle cohérente, une formation professionnelle efficace, encourager l’innovation dans des secteurs stratégiques, de réduire les coûts énergétiques et de simplifier l’environnement administratif.


Par ailleurs, une attention particulière doit être portée à l’efficience du réseau énergétique national pour soutenir la transition vers une industrie plus verte et compétitive.


Enfin face aux difficultés financières de l’état, l’appel à des financiers privés doit cesser d’être un tabou.


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