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La France ne manque pas seulement d'eau. Elle manque surtout d'un modèle de financement adapté à l'eau du XXIᵉ siècle.

  • Samy BENOUDIZ
  • 2 juil.
  • 3 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

On ne peut pas affirmer que l'eau est un patrimoine commun de la Nation lorsqu'il s'agit de la protéger, puis considérer qu'elle n'est plus qu'un service local lorsqu'il s'agit de financer son avenir.
On ne peut pas affirmer que l'eau est un patrimoine commun de la Nation lorsqu'il s'agit de la protéger, puis considérer qu'elle n'est plus qu'un service local lorsqu'il s'agit de financer son avenir.


💧 Alors que plusieurs départements connaissent déjà des restrictions d'usage en ce début d'été, le débat public se concentre presque exclusivement sur le stockage de l'eau. C'est un sujet important. Mais il en occulte un autre, tout aussi déterminant : qui financera les investissements indispensables pour garantir durablement une eau potable de qualité à tous les Français ?


Réutilisation des eaux usées traitées, traitement des PFAS et des nitrates, renouvellement des réseaux vieillissants, interconnexions, adaptation des infrastructures aux sécheresses... Tous ces investissements représentent plusieurs milliards d'euros. Pourtant, nous continuons à les financer selon une logique conçue il y a plusieurs décennies.


Trois constats.


1️⃣ Le sous-investissement est devenu structurel.

La France réutilise moins de 1 % de ses eaux usées traitées.

Les besoins annuels d'investissement dans les réseaux d'eau potable sont estimés entre 3 et plus de 5 milliards d'euros, alors que les investissements effectivement réalisés restent nettement inférieurs. Au rythme actuel de renouvellement, il faudrait environ un siècle et demi pour remplacer l'ensemble des canalisations.

Nous savons donc ce qu'il faudrait faire.

Nous savons aussi que nous n'en avons pas les moyens.


2️⃣ Le principe "l'eau paie l'eau" atteint aujourd'hui ses limites.

Le modèle français de l'eau, construit autour des grandes lois de 1964 et 1992, repose sur un principe simple : les usagers financent intégralement le service.

Ce principe a longtemps fait ses preuves.


Mais il a été conçu dans un contexte où il s'agissait essentiellement de produire, distribuer et dépolluer une ressource considérée comme relativement abondante.

Aujourd'hui, les enjeux ont profondément changé.


L'eau est devenue une infrastructure stratégique face au changement climatique, aux nouveaux polluants et aux exigences sanitaires croissantes.


Or plus une commune est petite, plus ce modèle devient pénalisant.

Quelques centaines ou quelques milliers d'abonnés doivent parfois financer seuls des investissements de plusieurs millions d'euros pour renouveler leurs réseaux ou mettre leurs installations aux normes.


À l'inverse, une grande métropole peut répartir ces mêmes coûts sur des dizaines ou des centaines de milliers d'usagers.

Le résultat est paradoxal.


Nous affirmons que l'accès à une eau de qualité est un droit pour tous.

Mais nous continuons à faire dépendre le niveau de service de la taille de la collectivité qui assure sa distribution.


3️⃣ D'autres infrastructures stratégiques bénéficient d'une solidarité nationale. Pourquoi pas l'eau ?

Personne n'imagine financer les investissements du système électrique français par les seules factures de l'année.


L'État, les marchés financiers, l'endettement de long terme et différents mécanismes publics contribuent à financer des infrastructures considérées comme stratégiques pour la Nation.


Pourquoi l'eau, qui l'est tout autant, devrait-elle reposer presque exclusivement sur la facture des abonnés ?

Je ne plaide pas pour l'abandon du principe de responsabilité des usagers.


Je plaide pour reconnaître que certains investissements dépassent désormais les capacités financières des collectivités, en particulier des communes rurales.

Lorsque les réseaux vieillissent, que les traitements deviennent plus complexes ou que le changement climatique impose des infrastructures nouvelles, la solidarité nationale doit compléter la solidarité locale.


Parce que l'eau n'est pas un bien comme les autres.

Parce que la qualité de l'eau ne devrait pas dépendre du code postal.


On ne peut pas affirmer que l'eau est un patrimoine commun de la Nation lorsqu'il s'agit de la protéger, puis considérer qu'elle n'est plus qu'un service local lorsqu'il s'agit de financer son avenir.


💬 Les élus, les exploitants, les ingénieurs et les usagers observent-ils la même réalité sur le terrain ? Vos retours d'expérience m'intéressent.

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